07.12
2016 Style

Plus personne ne se retourne en ville sur les silhouettes emmitouflées dans de chaudes doudounes aux capuches bordées de fourrure, bonnets à pompon sur la tête et chaussées de godillots lacés. 

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Doucement, la mode de la montagne a envahi les métropoles au point que les fabricants spécialisés dans les tenues pour les sommets, se sont penchés sur le phénomène afin de proposer des vêtements alliant la technicité du sport à un style de sportswear plus urbain. Le vestiaire de l’hiver allie ainsi les techniques « antifroid » à un design urbain qui passe sans complexe des pistes au métro.

L’avantage est aussi financier : « C’est économique car, au lieu d’acheter deux parkas, on en utilise une seule sur le télésiège et pour le scooter », dit-on chez Napapijri. Le concept store ultra branché de la Rue Saint-Honoré, Colette, fidèle à sa réputation d’être toujours à la pointe de la tendance organise des partenariats capsules baptisés Colette Ski Club avec des marques historiques de la montagne, Fusalp, Black Crows, Frankin & Marshall…


Fusalp invité du Concept Store Parisien Colette. ©Colette/Catherine North

Une nouvelle mixité

« Avant, nous détournions des vêtements de ski pour la ville, aujourd’hui, nous avons une ligne de vêtements urbains à part entière, avec un style moins sport, plus près du corps, qui bénéficie aussi des techniques du vêtement de ski », expliquait à l’été 2015 , Jean Holvoet, alors directeur textile de Rossignol.

Pour l’hiver 2014-2015, la marque a lancé des chaussures chics, confortables, élégantes en ville ou en station, inspirées des brodequins des années 1940, en cuir imperméable, doublées d’une membrane respirante (Outdry) et d’une semelle intérieure relaxante. La chaussure répond aux mêmes exigences qu’une chaussure de ski : sa semelle extérieure, fabriquée à partir de fibre de verre et de caoutchouc, offre la même parfaite adhérence sur la glace et sur les trottoirs glissants.

Rossignol n’hésite plus à faire cohabiter sport et ville. Pour célébrer son association avec l’athlète Martin Fourcade, la maison Iséroise a fait « shooter » sa campagne en plein Paris. Pyrenex, le fabricant de veste en duvet du Sud-Ouest a lui aussi installé ses mannequins entre ponts sur la seine et rue pavée du Marais pour son catalogue d’hiver.

L’esprit de la montagne envoûte la ville

Fusalp, pour sa part, a ouvert deux boutiques à Paris dans le Marais, au voisinage des enseignes de prêt-à-porter branchées comme Maje ou Zadig et Voltaire. « Fusalp a été créé par deux tailleurs de Haute-Savoie, en 1952, avec l’ambition de faire une griffe de mode pour le ski. La marque s’est recentrée depuis 2014 sur une conception de vêtements à la fois tendance et techniques avec des modèles basiques, bien coupés, qui tombent juste et réalisés dans des matières technologiques à hautes performances protectrices.

Tout naturellement, il nous a semblé évident de proposer ces pièces à notre clientèle urbaine qui retrouve dans notre boutique un petit esprit de sports d’hiver et des vêtements “sportswear” conçus avec un savoir-faire de tailleur. C’est la continuité logique de l’essence même de la marque », analyse Mathilde Lacoste, directrice artistique de Fusalp et des pulls Montant.


Collection hiver 2016/2017 chez Fusalp. ©Fusalp

Une doudoune aux sommets

Pour Moncler, le pionnier de l’industrialisation de la doudoune en France, la mode a été sa planche de salut. Au début des années 2000, les collections Moncler étaient très moyen de gamme et comprenaient toutes sortes de vêtements sportswear. L’engouement pour les parkas en Gore-Tex malmène la veste en duvet ; la marque grenobloise se retrouve en mauvaise posture.

L’Italien Remo Ruffini, alors à la direction artistique, la rachète en 2003 et oriente Moncler vers la mode au détriment du sport. La première boutique parisienne en nom propre ouvre alors dans le quartier chic de la haute couture, le faubourg Saint-Honoré. À l’hiver 2007, la doudoune est un élément de mode à part entière. Moncler a choisi le créateur Giambattista Valli, qui présente ses propres collections de prêt-à-porter et de haute couture à Paris, comme responsable de la ligne féminine Gamme Rouge où il fait fusionner la couture et le sportswear.


La boutique Moncler rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris en 2015.©Moncler

Le style tailleur réactualisé

Arc’teryx, la firme née au Canada, spécialiste de la parka hardshell (carapace), a ouvert en septembre 2015 à Londres, dans la très chic Piccadilly Street, sa boutique de vêtements urbains, Veilance. Les pièces au style « tailleur » sont adaptées aux habitants des grandes villes qui se déplacent à bicyclette. Le style est minimaliste, les coupes droites mais la technicité des tissus est conçue pour s’adapter à l’environnement urbain.

Arc’teryx doit son nom à l’archaeopteryx lithographica, le premier reptile à avoir fait un bon évolutionniste pour développer des plumes afin de pouvoir s’envoler ! C’est dire si la philosophie de la marque est tournée vers l’adaptabilité… La tenue protectrice, imperméable et respirante d’Arc’teryx promet aux nouveaux urbains qui se déplacent à bicyclette d’arriver propres et secs au bureau.

La couture haute-technologie

Les fabricants se concentrent désormais sur la double identité ville-montagne, rebaptisée l’outwear. Geox, le spécialiste italien de la chaussure « qui respire », lance pour l’hiver 2016-2017, Nord- Plus, un système de plusieurs vestes à combiner selon l’intensité du froid ; un nouveau concept fonctionnel et technique qui reprend le vieux principe de l’empilement des couches.

La marque dit s’inspirer « du rythme urbain des grandes capitales du Nord ». La technologie est mise en avant avec le procédé Aerantis, un système de respiration « dynamique » conçu à partir du body mapping, c’est- à- dire l’analyse cartographique du corps, pour repérer les zones qui ont tendance à surchauffer et celles qui doivent être protégées à l’aide d’une isolation thermique appropriée.


Collection hiver 2016/2017 chez Geox. ©Geox

Le sport est partout

Cette mutation partielle ou totale des vêtements de la montagne à la ville est née de trois données principales : l’évolution des modes de vie et l’explosion du sportswear ; l’évolution des fibres textiles qui permettent de créer des tissus fins et maniables ; et enfin, la fascination qu’exerce la technicité des vêtements de sport auprès des créateurs.

Cette dernière notion n’est pas nouvelle : les premiers vêtements pour les sports d’hiver ont en effet été réalisés par les plus grands couturiers des années 1920. Mais chez Jean Patou, Hermès ou Gabrielle Chanel, les modèles des lignes « sport » étaient destinées exclusivement à sa pratique. Les porter en ville aurait été indécent, la bonne réputation de la personne en aurait été ruinée. Le confort, aujourd’hui célébré comme un art de vivre, marque la fin des frontières stylistiques entre la montagne et la ville.

 

« Fashion Altitude. Mode et montagne du XVIIIe siècle à nos jours »
Exposition à voir et revoir au couvent Sainte-Cécile à Grenoble jusqu’au 4 mars.
Du lundi au samedi de 11h à 13h00 et de 13h30 à 19h
www.couventsaintececile.com

Couverture : Martin Fourcade, champion français de biathlon, ambassadeur Rossignol. ©Julien Widmer/Rossignol

 

Nadine CHABOUD 

Informations utiles

Cet article a été écrit dans le cadre de l'exposition Fashion Altitude qui a lieu cet hiver au Couvent Sainte Cécile à Grenoble du 24/11/2016 au 04/03/2017.

Un livre est également disponible aux éditions Glénat.

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