29.05
2012 Gastronomie

Dans les Alpes, rien de plus tendance que de trinquer... avec une mousse. Les quarante-trois brasseurs rhônalpins ne vous diront pas le contraire : ils sont désormais plus nombreux que leurs homologues du Nord Pas-de-Calais !

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Motivations pour ces petites fabriques en revanche plus modestes sur la quantité (de 500 à 1 500 hectolitres par an et par unité de fabrication) : assurer une production locale de qualité qu'elles obtiennent, en premier lieu, grâce à la proximité des massifs montagneux et de l'eau, réputée excellente. Un critère décisif : l'ingrédient pèse à 90 % dans la composition d'une bière. C'est dans son fief familial à Vallouise dans le Massif des Ecrins que Lionel Alphand a créé en 1998 l'une de ces toutes premières micro brasseries. Guide-accompagnateur et ex-entraîneur de ski, cet amateur de bières avait découvert lors de ses périples au Canada et dans l'ouest américain la culture des microbrewery : ces brasseries artisanales dont la plus grosse concentration se trouve justement au Colorado... près des Montagnes Rocheuses. Interpellé par ces fabrications « à petite échelle, marquées par une diversité aromatique », il met le cap en Bretagne acquérir une expérience de brasseur et revient la forger dans les Alpes - épaulé par son frère, Luc. Au pied du Vercors, Vincent Gachet, créateur de la Brasserie du Dauphiné a suivi un cheminement similaire. Mais pour ancrer sa Brasserie du Dauphiné et lancer sa première recette de Mandrin aux noix, c'est dans une source régionale qu'il puise : entre les XIXème et le XXème siècle, une dizaine de brasseries tournaient à plein régime, de la Frise à Grenoble, celle du Mont-Blanc à Sallanches et Jorcin à Chambéry, ou des Pères trappistes du plateau de Chambarand à la célèbre noire de Lyon – aussi réputée qu'une Porter ! Pour garantir une production annuelle de qualité et maintenir les températures, « on stockait l'hiver des blocs extraits des glaciers », raconte aussi Jean Clochet, patron de la Brasserie des Cîmes à Aix-les-bains et des Sirops Routin, ancien limonadier qui jadis travaillait avec La Frise. Dans les années cinquante, début des concentrations industrielles, celle-ci manqua d'être rachetée par Jorcin, elle-même reprise plus tard par Krönenbourg.

Exit les bières de soif

Près d'un demi-siècle plus tard, la nouvelle vague de brasseurs fait renaître cette tradition brassicole, mais exit les bières de soif ! Les Alpes cultivent l'esprit des bières de dégustation. Soit des petites quantités travaillées de façon artisanale, ni filtrées ni pasteurisées, en fermentation haute alternant  périodes de garde et refermentation en bouteille, auxquelles s'ajoutent des ingrédients à l'accent du terroir : génepi ou violette, sapin ou plantes de Chartreuse... Et un secret bien gardé : la souche de levure, signature du brasseur. Et ça marche ! Pour le plaisir de goûter à des produits authentiques qui plus est en Rhône-Alpes où « la forte représentation d'anglo-saxons, notamment en montagne, participent à la redécouverte de cette culture  “bière” », observe Emmanuel Gillard, biérologue et président de Just a Beer à Grenoble. Créée il y a plus de 20 ans déjà par Tim Collins, un jeune anglais, ce club de dégustation est devenu aussi réputé que le Club des Croqueurs de chocolat ! « L'éducation au goût se met en place », souligne Vincent Gachet qui vient de compléter ses visites d'atelier par l'ouverture d'une boutique à Grenoble. Un nouveau rayonnement pour ces discrètes bières alpines qui creusent leur sillon avec de (nouvelles) alliances mets et bières et une... poussée vers l'international. Témoin en 2012, le lancement de la French Craf Brewers, un club d'exportateurs initié par neuf brasseurs indépendants dont la Brasserie du Mont-Blanc. Direction ? Les USA. Ce qui coulait de source.

Un peu d'histoire. Nommée sikaru, l'ancêtre de la bière est apparue en Mésapotamie il y a 9 000 ans sous la forme d'une boisson fermentée à base de grains. Après être devenue la Cervoise des Gaulois, c'est au Moyen Age qu'elle dévoila son amertume avec l'introduction du houblon.

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération.

Par Isabelle Ambregna / Free Presse / Photos : Davd Richalet

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