04.09
2014 Nature et découverte

Alexandre Bringard est musher dans le Vercors. Il partage son temps entre la compétition et l'enseignement du chien de traîneau, à Vassieux-en-Vercors, sa base l'hiver, mais aussi en Savoie. Interview.

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France Montagnes : Comment êtes-vous devenu musher ?

Alexandre Bringard : Comme beaucoup, enfant, j'étais fasciné par les récits sur le Grand Nord, notamment ceux de James Oliver Curwood, auteur, entre autres de Grizzly King (1916)*. A la maison, nous avions un husky. J'ai donc été très tôt en contact avec les chiens nordiques. Ayant toujours voulu travailler au grand air, j'ai suivi une formation dans la gestion des espaces sauvages. Je suis rentré dans une association à Saint-Martin-en-Vercors, l'APAV (Activité Plein Air Vercors), animée par Jacques Gaspard, un précurseur du chien de traîneau dans le Vercors. L'APAV organisait des sorties chiens de traîneau/raquettes. En tant qu'accompagnateur en moyenne montagne, j'encadrais la partie raquette. C'est comme cela que je me suis familiarisé avec les chiens de traîneau, aux côtés du musher William Rabasse. Emballé par ce sport, j'ai passé mon diplôme d'Etat en 2005. Puis, je me suis fait la main dans plusieurs structures du Vercors, avant de créer la mienne, en 2010, à Die.

FM : Vous enseignez la conduite d'attelage, mais vous faites aussi depuis peu de la compétition. Comment conciliez-vous les deux ?

AB : C'est vrai que ce n'est pas évident, parce que la saison des compétitions mord sur la saison touristique. Or, c'est avec l'enseignement que je fais bouillir la marmite ! L'an dernier, j'ai participé à ma première course, le Trophée Umes de la Grande Odyssée Savoie Mont-Blanc, le plus technique des trois trophées organisés en parallèle de l'épreuve longue distance, mon objectif à terme si je trouve des sponsors. J'ai fini second. La même année, j'ai aussi fait les championnats de France, où je me classe 2e de ma catégorie. J'ai attrapé le virus ! Cette année, j'ai repris le départ du trophée Umes de la Grande Odyssée, du 11 au 15 janvier dernier. A cette période, côté réservations des cours, c'est calme. Mais pouvoir partir disputer des compétitions me demande une bonne organisation, car pendant mon absence, il faut bien s'occuper des chiens qui restent à la maison, et aussi répondre à la demande des clients. William Rabasse prend le relais mais, c'est lourd pour une petite structure. Du coup, cette année, je ne dispute pas les championnats de France, qui se tiennent à Orcières 1850, les 8 et 9 février prochain. Priorité à l'enseignement !

FM : Que vous apporte la compétition ?

AB : Une complicité encore plus forte avec mes chiens. Cette année, le Trophée UMES de la Grande Odyssée a été très dur en raison du manque de neige les premiers jours. Je lançais dans le bain de jeunes chiens. Cela a été éprouvant pour eux, mais ils ont été formidables. Ils m'ont fait confiance et se sont pris au jeu. Grâce à une bonne logistique et à un protocole de soins approprié, ils sont revenus de la Grande Odyssée 2014 sans traumatismes, et plus expérimentés. Ils sont en pleine forme et 100% d'attaque pour la saison touristique.

FM : Vous utilisez les mêmes chiens pour votre activité professionnelle que pour la course  ?

AB : Absolument, je n'ai pas les moyens d'avoir des chiens dédiés à la compétition et d'autres à l'activité loisirs. Mes 30 chiens  - des Eurohouds et des Alaskans- sont polyvalents. Coureurs hors-pairs, ils savent aussi avancer tranquillement et s'adapter à tous les publics loisirs, adultes, enfants, handicapés. Ils sont super gentils et bien dans leur tête. J'ai d'ailleurs constaté que les clients étaient flattés de conduire un attelage avec des chiens qui font de la course.

France Montagnes : Suscitez-vous des vocations ?

AB : Sans doute, d'autant que le Vercors, notamment dans partie drômoise, avec ses plateaux sauvages et ses forêts denses, se prête superbement au chien de traîneau. Le Département a aménagé de nombreux itinéraires dédiés à cette activité. Les mushers experts, comme les néophytes peuvent se régaler.

Texte ©Actumontagne pour France Montagnes

photos ©Thibaut Branquard

*adapté au cinéma par Jean-Jacques Annaud sous le titre de L'Ours (1988). 

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