Nature et dépaysement
La montagne se met aux économies d’énergie
Conscientes de devoir avant tout leur attrait à leur cadre naturel exceptionnel, les stations de montagne se sont engagées depuis le milieu des années 2000 dans une démarche de développement durable. Rien de radical ou de spectaculaire, mais des initiatives « vertes » concrètes, relevant souvent du bon sens. Les opérateurs souhaitent qu’en s’additionnant, elles permettent de concilier tourisme et environnement. Exemples au détour de nos six massifs.
Le covoiturage a la cote
Les transports génèrent 75% des émissions de gaz à effet de serre. Parmi les solutions alternatives à la voiture individuelle, le covoiturage commence à faire des émules sous l’impulsion des associations environnementales, notamment Mountain Riders qui milite depuis longtemps en sa faveur.
Une formule écologique (réduction du nombre de voitures sur les routes), une formule économique (partage des frais de carburant), mais aussi une formule qui renforce le lien social (rencontres avec d’autres riders) ! Cerise sur le gâteau, certaines stations accordent des réductions aux « covoitureurs ».
Pionnier de l’incitation au partage de véhicule, la station d’Arêches-Beaufort qui depuis l’an dernier, applique des tarifs dégressifs sur les forfaits en fonction du nombre d’occupants par voiture.
Cet hiver, dans le Pays de la Maurienne, la station d’Orelle (reliée à Val Thorens), offrait aux étudiants qui montaient à quatre dans un véhicule, le 4e forfait. Un onglet « covoiturage » existe désormais sur bon nombre de sites internet de stations qui renvoient à des plateformes de mobilité comme www.covoiturage.fr, le leader en la matière.
Energie solaire et carburant moins polluant
Certifiées Iso 14 001, les huit stations de la chaîne N’PY* mènent différentes actions pour préserver l’environnement et réduire leur empreinte écologique.
Parmi les dernières initiatives vertes, la couverture du toit du siège social et des ateliers techniques de la société des remontées mécaniques EPSA à Iseste avec près de 1200 panneaux photovoltaïques (1680 m²). Ces capteurs d’énergie sont en mesure de produire l’équivalent de la consommation électrique annuelle de 92 foyers, représentant à la clé une économie de CO2 de plus de 100 t/an.
Ces stations pyrénéennes se sont aussi regroupées pour commander du carburant destiné à alimenter les engins de damage. Il s’agit du GNR (gasoil non routier) sensiblement moins polluant que le fuel domestique. Désormais exigé par la réglementation, il est néanmoins un peu plus cher. En se regroupant pour l’acheter, les opérateurs réalisent de facto des économies d’échelle permettant, par exemple, de ne pas grever le tarif des forfaits de remontées mécaniques.
*Peyragudes, Piau, Grand Tourmalet, Pic du Midi, Luz-Ardiden, Cauterets, Gourette, La Pierre-Saint-Martin
Des navettes électriques
Les bilans carbones sont formels : en station, c’est le transport des personnes qui décroche le pompon de l’activité la plus émettrice de CO2.
Les Saisies et Pralognan-la-Vanoise en Savoie, Villard-de-Lans et Les Deux-Alpes en Isère ont donc testé cet hiver une navette électrique pour le transport inter-station des skieurs et des piétons.
Aux Saisies, la seule station à l’avoir utilisée toute la saison, l’expérience s’avère concluante et la Régie des remontées mécaniques, qui a en charge ce service gratuit à la clientèle, envisage de remplacer à terme la totalité de ses navettes (au nombre de huit en saison). Et cela en dépit d’un surcoût de 40 000 € par véhicule par rapport à une navette thermique.
Ce bus propre et silencieux, accessible aux personnes à mobilité réduite, rejette onze fois moins de CO2 qu’une navette standard. Il a permis d’économiser près de 25t de CO2 sur la saison. Fonctionnant sur batteries électriques dont l’autonomie est de 150 km/jour, la navette se recharge la nuit mais aussi un peu pendant son service, en phase de descente. Malin, non ?
Les dameuses en mode éco
Formation des chauffeurs à l’éco-conduite pour consommer moins de carburants, gasoil moins polluant, recyclages des huiles moteurs et des lubrifiants, et surtout recours au GPS pour guider le conducteur et évaluer la hauteur du manteau neigeux afin de mieux répartir la neige en fonction des besoins. Aujourd’hui, les principes de l’éco-damage se généralisent chez les exploitants des remontées mécaniques qui assurent l’entretien des pistes.
A la clé, des économies en carburant et donc moins d’émissions polluantes pour la montagne, mais aussi in fine, une meilleure gestion des ressources naturelles, comme celle de la neige de culture à laquelle les services de pistes entendent recourir de façon raisonnée.
Un trophée de l’éco-damage, a même été créé par Mountain Riders et le constructeur numéro 1 mondial des dameuses Kassböher, pour encourager les pilotes des chenillettes et les gestionnaires de domaines skiables à une exploitation raisonnée et durable de la montagne.