15.12
2016 Style

On les appelle familièrement « les pulls rouges ». Filles ou garçons, il est leur signe de reconnaissance, même si c’est leur médaille couleur bronze, leur teint hâlé et leur célèbre planté de bâton qui font la différence.

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Le rouge est mis

Jusqu’en 1958 les moniteurs de ski portent des pull-overs bleu marine à bande tricolore. Uniformément foncées, les tenues des sportifs se tenaient encore à distance de la mode des années 1950 qui commençait à égrainer verts vifs et bleus pétrole sur les fuseaux des élégantes. Une situation que Rémi Ramillon, patron des fixations de ski Ramy, dénonce en 1957 dans la revue Neige et Glace : « Les sports d’hiver sont le nouveau carnaval des temps modernes. Le travesti est de rigueur. La jeunesse veut du nouveau, de la couleur, de l’imprévu, du paradoxe. »

Dans l’année qui suit, Henri Thiolière, ancien de l’équipe de France, entraîneur des championnes et professeur à l’École nationale de ski et d’alpinisme (l’ENSA), va provoquer, sans le prévoir, l’arrivée du pull rouge. Il le raconte dès 1958 : « Mickey Mora, qui était moniteur-chef à l’École nationale, m’avait demandé de trouver une tenue spéciale pour le tournage d’un petit film sur le Christiania léger… Alors, je suis allé à Annecy voir Montant, notre fournisseur. Je lui ai demandé de nous faire cinq pulls rouges. Lorsque Mora nous a vus arriver tous en rouge, il s’est écrié : “Mais t’es fou, qu’est-ce que tu veux qu’on fasse avec ça ?!” Je lui ai répondu : “Mais tu m’as dit de faire quelque chose de différent, alors, comme ça au moins, on nous verra !” » Lors du rassemblement national du syndicat de moniteurs à Megève, les cinq skieurs et acteurs du film arrivent avec leurs pulls rouges. Gaston Cathiard, fondateur et premier président du syndicat, s’exclame : « Voilà ce qu’il nous faut, il faut que tous les moniteurs soient habillés comme ça ! »

Henri Thiolière et ses collègues de l’ENSA portent les premiers pulls rouges. ©Eric Thiolière

Le pull Montant

Les presque mille moniteurs de cette année-là vont donc recevoir leur premier pull Montant, trop court, trop large et orné du petit nounours brodé dont André Montant avait fait son logo en hommage à Henry Ours, le couturier de la mode des années 1940. L’entreprise, créée en 1951 par André Montant
et sa femme, n’utilisait que de la pure laine des Filatures du Nord peignée, douce et infeutrable dont le fil devait être toujours identique et de la même grosseur. L’épaisseur du vêtement ne se différencie que par le nombre de fils tricotés, de 1 à 8 selon le modèle. Les finitions brodées sont faites à la main ; le couple Montant n’a jamais voulu de ces nouvelles machines qui auraient pu leur épargner des frais de main-d’oeuvre en thermocollant les fibres, même pour le petit ourson. Déjà fournisseur de l’équipe de France de ski, la petite fabrique de bonneterie doit se développer pour équiper les professeurs de ski
dont le nombre ne cesse de progresser. La conquête des pistes bat son plein.

Publicité de 1963 pour les pulls Montant et numéro 333, avril 1962, de Neige et Glace. © Département de la Haute-Savoie

Reconnaissance nationale

Le pull rouge est au moniteur ce que la blouse blanche est à l’infirmière et la robe noire à l’avocat. En 2007, lors d’un procès qui opposait l’ESF aux moniteurs indépendants qui accusaient la structure de jouer la carte tricolore comme un gage de reconnaissance nationale, le tribunal de grande instance de Grenoble notifie : « Le vêtement rouge reprend un signe distinctif de la qualification professionnelle de celui qui le porte et est une couleur particulièrement propre à permettre de distinguer, même à distance et dans une foule, le professionnel de la montagne présent sur une piste de ski. » Aujourd’hui, la tenue est entièrement rouge et son port est inscrit dans la charte de l’École du ski français. Un attachement particulièrement marqué pour l’hiver 2013-2014 avec la signature d’un marché avec la société de prêt-à-porter Duvillard : le petit dernier des pulls rouges, relooké, est intégralement créé et fabriqué au Creusot.

Pull Montant - collection 2016-2017. Photographie : Émilie Arfeuil © Montant

La renaissance du pull Montant

En 1974, l’entreprise annécienne Fusalp désire lancer sa gamme de maille. André Montant, dont la bonneterie connaît des difficultés financières, lui cède son entreprise à contrecoeur. Il doit néanmoins laisser Fusalp se charger de la commercialisation et prendre des pourcentages sur les ventes. Ainsi, Fusalp acquiert progressivement Montant et achète en 1975 un local pour y installer des machines à tricoter et fabriquer des pull-overs à Rumilly. La crise engendrée par le premier choc pétrolier et l’apparition de la concurrence étrangère obligent le tout récent propriétaire à arrêter la production. Mais la marque existe toujours. Comme une belle au bois dormant qui attend son heure. 

C’est chose faite en 2015 avec Fusalp qui relance la marque mythique avec une collection « Made In France » réalisée par Mathilde Lacoste, inspirée de son héritage et des codes du ski. Les modèles, 100% laine de mérinos, symbolisent l’histoire des pulls Montant, comme le bleu marine des équipes de
France ou le rouge des moniteurs.

 

« Fashion Altitude. Mode et montagne du XVIIIe siècle à nos jours »
Exposition à voir et revoir au couvent Sainte-Cécile à Grenoble jusqu’au 4 mars.
Du lundi au samedi de 11h à 13h00 et de 13h30 à 19h
www.couventsaintececile.com

Photo en header : Moniteur de l’ESF et son élève en pulls rouges .©Eric Thiolière ; Brigitte Bardot, Jean-Claude Killy et Marielle Goitschel en pulls rouges Montant en 1966. Photographies Jacqueline Saulnier pour la revue du Syndicat des Moniteurs du Ski Français, Ski Flash © Jacques Saulnier

 

Nadine CHABOUD 

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