21.02
2012 Style

En altitude, demain, c’est maintenant ! Les nouveaux refuges sont des modèles d'éco-construction. « Construire dans la pente aujourd’hui », tel était le thème d’une des conférences du SIIAM (Salon International de décoration d'intérieur et d'architecture de montagne). France Montagnes y a tendu l’oreille et l’œil, pour découvrir des structures qui préfigurent ce que sera la norme en montagne, demain. Ces constructions du « là-haut » sont sur la pente ascendante : elles inspireront les architectes de nos futurs chalets. Coulisses d'un chantier aussi délicat qu'exemplaire, celui du refuge du Goûter.

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« Construire dans la pente est un acte très volontaire, il reste difficile de s’installer là-haut. Logistiques, économiques, techniques : toutes les contraintes s'y révèlent plus fortes. » Christophe Delage, architecte chamoniard, plante tout de suite le décor. Son agence, DécaLaage, est responsable de la maîtrise d'œuvre architecturale du nouveau refuge de l’aiguille du Goûter.
« Loger, de manière confortable, 120 personnes dans 700 m2 à 3850 mètres - forcément une prouesse -  demande une vision pour les générations futures. Le défi technologique est toujours présent : on veut une bâtisse passive, mais il fait plus froid, il va donc falloir être meilleurs encore. » Vouloir installer un bâtiment peu énergivore, voire quasi autonome, sur le Mont-Blanc n’est plus de la science-fiction. « Cette construction représente une vitrine, sur le toit de l’Europe, de tout ce que savent faire aujourd’hui les ingénieurs fluides, les ingénieurs structures… »

L’Aiguille du Goûter est une barrière à neige, stoppant les perturbations venues de toutes parts ? Soit. Nous utiliserons donc ces flocons pour produire notre eau. Histoires de mécanique des fluides, l’œuf est la forme idéale pour laisser le vent glisser en surface ? C’est donc un plan sans aspérité qui sera adopté. Une structure 100 % bois, avec des poutres en lamellé collé, avec un assemblage innovant par tiges filetées, scellées dans le bois avec de la résine époxy, fait réaliser une économie de 30 % sur la masse de matière utilisée, par rapport à la méthode traditionnelle.

Pour 727 m2 de SHON, 400 m3 de bois vont être employés. Soit dix minutes de la croissance de la forêt française… « Vers des architectures zéro émission, on en est là, même à très hautes contraintes, en altitude » confirme l'expert en développement durable Michel Meunier. Et c'est bien un projet bourré de contraintes, que ce refuge du Goûter. « Ces hommes qui le construisent sont proches des bâtisseurs de cathédrales. »

Du berceau à la tombe, la démarche environnementale autour du refuge de la FFCAM (Fédération française des clubs alpins et de montagne) prend en compte jusqu'à la déconstruction future de l’ouvrage. « Depuis la première réunion à Paris, jusqu’à la démolition, on a tout prévu : on va même récupérer la sueur des alpinistes pour faire fondre la neige ! » sourit le gérant du cabinet  Albedo Energie. Le fondoir à neige, justement, et la centrale d’épuration (de type de celles installées habituellement dans les sous-marins) seront les postes les plus coûteux en énergie : « Il est en effet impossible de construire une maison BBC au sommet du Mont Blanc, il ne faut pas rêver. Cela dit, le refuge devrait rejeter, sur 50 ans, 527 tonnes de carbone seulement. » On estime qu’une famille « lambda » de 4 personnes rejette environ 17 tonnes de carbone par an, soit 850 tonnes sur la même période… Edifiant. « Le même refuge installé en plaine afficherait, quant à lui, un tout petit 90 tonnes… » L’exemple est clairement à suivre. « Tous les choix ont été effectués en fonction d’un optimum environnemental. Nous nous sommes AUSSI beaucoup attachés à la qualité de l’air intérieur, éradiquant au maximum les polluants de toutes sortes. » Riche idée : quand on monte prendre l’air en montagne, on s’attend à ce qu’il soit le plus pur possible…

 

Tendance lourde, cette optique est commune à la plupart des refuges se construisant aujourd’hui. Philippe Meyer, architecte du refuge de Topali (Club alpin suisse), confirme : « Les cabanes de montagne tendent vers un vrai confort hôtelier et non plus une proposition de dortoirs. En transposant les technologies d’aujourd’hui dans ces lieux de haute montagne, l’homme amène son savoir et sa modernité dans la nature.» Avec sa peau en inox, le voilà emballé dans un matériau qui ne demande aucun entretien et qui renvoie aux reflets produits par les glaciers scintillants. Une forme de land-art version zéro émission./p>

Par Myriam Cornu / Free Presse

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