04.09
2016 Style

Des années 60 aux années 80, poussés par la montée en puissance des loisirs et la croissance économique des Trente Glorieuses, des architectes, des urbanistes et des gens du pays vont inventer les stations que nous connaissons aujourd’hui. De cette époque subsiste un patrimoine riche et parfois méconnu. Voyage au cœur du patrimoine du XXème siècle des stations de ski.

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Première, deuxième, troisième génération !

Alors que les premiers sites de ski se développent autours de villages existant dès la fin du 19ème siècle à Chamonix, Megève ou encore Montgenèvre, l’ère industrielle et l’avènement des congés payés va entrainer la création d’une deuxième génération de stations, construites en site propre et en altitude. Ce sera le cas de l’Alpe d’Huez et de La Toussuire.

Juste après la guerre, avec Courchevel, le département de la Savoie crée un site de loisir coordonné par des urbanistes et architectes. Ce sera le premier exemple de la troisième génération de stations de ski. Suivront de nombreuses stations issues du plan neige mis en place par l’état dès les années 60. La Plagne,  Flaine, Les Menuires font partie de ce grand plan de mise en tourisme des Alpes. Valmorel, dernière-née du plan neige traduira un retour à l’architecture « chalet ». 

De ces années folles où des pionniers ont construit les stations d’aujourd’hui, les stations françaises conservent des bâtiments emblématiques tantôt décriés, parfois incompris mais qui ne laissent jamais indifférents.

Des stations « sans voiture »

Point commun des nombreuses stations de troisième génération : la nécéssité de séparer les flux piétons et automobiles. Le front de neige exposé au soleil se retrouve ainsi opposé à de grands parkings moins bien exposés. Aux Orres, station des Alpes du Sud créée en 1970, les routes et les pistes sont tracées en peigne, assurant à chaque résidence un accès skis aux pieds. A La Plagne, aux Karellis et plus récemment à Valmeinier 1800, ce plan permettant aux vacanciers de délaisser leur véhicule et se sentir réellement en vacances sera systématiquement appliqué.

Les Orres. Crédits : OT Les Orres / Berthier

Se fondre ou imposer son architecture face à la montagne ?

Alors que les premiers architectes de montagne tenteront de renouveller le mode d’habiter la montagne en s’intégrant au site, d’autres dans les années 60/70 affirmeront que la grandeur des paysages de montagne nécessite des architectures imposantes.

A Megève, Henri Jacques Le Même en 1926 réinvente le chalet pour la baronne Noémie de Rothschild. Volumétrie épurée, absence de soubassement, double toiture, grand balcon au sud et béton armé en sont les ingrédients. Ce style inspiré du Corbusier, à la croisée des styles montagnards et urbains séduit et provoque l’essor de la villégiature de montagne.

Après guerre, à Morzine, René Faublée crée des constructions nouvelles destinées à une clientèle aisée. Ces chalets modernes avec une emprise limitée au sol sont conçus comme fonctionnels avec local à skis, séjour ouvert vers la montagne, chambres sous les toits et nombreux rangements… Certaines de ces réalisations comme le chalet « Sol Neu » sont labellisé au “Patrimoine du XXè siècle” par le Ministère de la Culture.

Dans le même temps à Courchevel, Denys Pradelle et Laurent Chapis créent l’Atelier d’Architecture en Montagne avec une architecture moderne, conçue pour se fondre dans le paysage : toits monopentes vers le nord avec larges ouvertures sur la montagne et grand balcon au sud.

Aux Arcs et aux Karellis, en concevant des immeubles d’habitation, l’Atelier d’Architecture en Montagne va concevoir deux modèles, tous deux classés au patrimoine du XXème siècle, qui diffèrent par leurs objectifs, mais présentent de grandes similitudes dans leur cahiers des charges : concentration de l’habitat pour ne pas « miter » la montagne, intégration des ensembles bâtis dans le relief et la nature, priorité donnée aux paysages, utilisation de matériaux locaux, station destinée à l’été comme à l’hiver, séparation des skieurs/piétons et des voitures…

Aux Arcs, Charlotte Perriand donnera une touche d’avant-garde encore apréciable aujourd’hui. Un travail qui se remarque aux balcons surélevés, au mobilier et aux solutions techniques innovantes telles ces salles de bains cabines en résine, ces cuisines intégrées et au travail sur les coursives des immeubles.

Aux Karellis, c’est l’association de tourisme social Renouveau qui sera « promoteur » d’une station faite uniquement de villages de vacances associatifs. Comme aux Arcs, les bâtiments semblent naître du terrain. Ils sont recouvert de cèdre rouge afin de s’intégrer au mieux au site. Ils sont néanmoins plus compacts et l’architecture plus fermée.

Avec Aime 2000, à La Plagne, Michel Bezançon va composer un bâtiment de 2500 lits sur une superficie réduite de 220 mètres sur 40 à 50 mètres de large. Ces contraintes prenaient en compte à la fois le terrain gypseux environnant et le nombre de lits minimum requis pour obtenir le financement de la route d’accès. Partant du principe que « c’est le site qui commande l’architecture », Michel Bezançon a opté pour un ensemble monolithique et compact. Sur ce « Paquebot des neiges », les touristes partent en croisière de montagne avec résidence, centre commercial, équipements collectifs, hôtel, restaurants reliés par des galeries marchandes ultra-modernes.

Aime 2000 - Crédits : OT La Plagne

A Flaine, l’architecture Bauhaus conçue par Marcel Breuer (mondialement connue pour ses réalisations architecturales au Palais de l’Unesco à Paris ou le Whitney Museum à New York) impose une architecture minérale, toute en béton au sein d’un paysage de falaise. A ce titre, les immeubles « Le Flaine » et « Bételgeuse » et la chapelle de Flaine sont classés à l’« Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques de France ». Le Flaine historique a reçu le label "Patrimoine du XXème siècle" décerné par le Ministère de la Culture.

A Valmorel, station de 4ème génération et jusqu’à nos jours, le « style chalet » est devenu la norme avec des immeubles de taille plus modeste présentant des signes extérieurs évoquant l’habitat traditionnel de montagne : bardage en bois, toitures à charpente bois apparente, soubassements en pierre… 

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