03.04
2012 Activités

Plus de cinquante ans après sa création, le Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne s’est fait une place d’honneur dans le massif du Mont-Blanc. Comme s’il avait toujours fait partie du paysage.

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Les deux turbines de l’hélicoptère vrombissent à tue-tête. À peine s’est-il posé sur sa drop zone de la base de secours de la vallée de Chamonix, que l’écureuil (un EC145 dernier cri) doit repartir pour une nouvelle mission de sauvetage. On a signalé cette fois une grimpeuse en perdition dans le secteur de l’Envers des Aiguilles. Ses deux chevilles sont brisées. Il faut l’évacuer.

Les secouristes de permanence (les premiers à marcher dans le jargon des sauveteurs) sont sur le front. Tout va très vite, comme une machine bien huilée. Entre le pilote, la base et la drop zone, 
les informations circulent sans accros. Que les premiers soient en intervention, et c’est alors une équipe de seconds qui intervient. Le maître mot de la base : ne jamais laisser quelqu’un seul en détresse là-haut.

Il n’en a pas été toujours ainsi. Dans les années d’après-guerre, les alpinistes qui s’engagent en montagne ne peuvent compter sur aucun soutien logistique. Comme en mer, c’est la fraternité corporatiste qui vient au secours. Mais elle a ses limites. Ce Noël 1956, deux jeunes étudiants vont payer de leur vie cet amateurisme. Leur agonie en direct tient le pays en émoi. L’Assemblée Nationale pleure ces enfants sacrifiés et vote un texte instaurant la gratuité et l’organisation des secours en montagne. « Pour la première fois en France, la Gendarmerie Nationale forme à Chamonix un Groupe Spécialisé de Haute Montagne, écrit le Dauphiné Libéré en octobre 1958. Sa mission primordiale sera le secours en montagne. Il servira de cadre aux divers stages de la gendarmerie et aura aussi la tâche d’expérimenter un important matériel et équipement spécial afin d’améliorer au maximum les conditions et la rapidité des sauvetages ».

Commando d’élite

À un demi-siècle de là, cette profession de foi n’a pas pris une ride. Baptisé Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne en 1971 alors qu’il est officiellement chargé du commandement et de l’intégralité des secours dans le massif du Mont-Blanc après un autre fiasco - le sauvetage de René Desmaison et Serge Gousseault dans les Grandes Jorasses – le groupe de secours vit sa mission de service public comme un serment d’Hippocrate. « Une troupe d’élite, presque un commando d’intervention », témoigne le photographe Philippe Poulet, spécialiste des unités spéciales.

Dans les années 1960, la gendarmerie inscrivait ses meilleurs effectifs aux compétitions de ski alpin et ski de fond pour prouver sa légitimité. Aujourd’hui, on se bat pour intégrer cette fine fleur de la haute montagne. « La moitié des 35 militaires secouristes qui appartiennent aujourd’hui au PGHM de Chamonix sont titulaires du diplôme de guide. L’autre moitié le prépare, explique le commandant Régis Lavergne, à la tête du PGHM depuis 2006. Nous exigeons d’eux un très haut niveau technique et une disponibilité totale. 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Même s’ils sont en repos dans la vallée, je sais que je peux compter sur tous les hommes de l’unité en cas d’intervention d’ampleur. Ce sont des passionnés. »

Leur terrain d’intervention couvre le pays du Mont-Blanc, de Vallorcine aux Contamines-Montjoie. Un milieu minéral glacé et implacable dont la dangerosité exige une efficacité et une rapidité d’intervention sans faille. « J’ai l’impression que tout va plus vite aujourd’hui, observe Philippe Poulet. Il y a quelques années encore, le sentiment d’urgence qui règne ici était moins présent ». Sans doute une question de moyens. Jean-Yves Claudon est entré au PGHM de Chamonix en 1984. « Jusqu’à la fin des années 1980, la médicalisation du secours n’était pas systématique. Nous n’appelions le médecin qu’en cas d’accident très grave. Aujourd’hui, nous emmenons presque toujours un toubib dans l’hélicoptère et les secours sont encore plus rapides depuis que la gendarmerie et la sécurité civile ont installé leur détachement aérien dans la vallée. Dans le temps, ajoute-t-il, il fallait attendre que les machines montent de Megève ou d’Annecy ».

Rapport de police à haute altitude

L’aura du PGHM s’est également amplifié avec la fréquentation touristique et sportive accrue du massif, et son corollaire mortifère. 
« Les gendarmes du PGHM sont les seuls habilités à établir des constatations après un accident en montagne, précise Régis Lavergne. Avec la judiciarisation de la société, ce pouvoir de police judiciaire a pris toute son ampleur ».

Les méthodes de travail ont elles aussi pris du galon, notamment grâce à la mise en place de stages spécifiques au Centre National d’Instruction au Ski et à l’Alpinisme de la Gendarmerie (CNISAG) créé à Chamonix en 1987. « Avec son expérience et sa formation bien rodée, le PGHM est devenu le poste de secours sans doute le plus efficace du monde au regard de la difficulté du milieu et du nombre d’interventions », juge le photographe.

Les chiffres lui donnent raison : chaque année, les gendarmes secouristes effectuent entre 800 et 1000 sorties. En 50 ans, la base a ainsi réalisé 21.000 interventions et secouru plus de 25.000 personnes…

Photographe engagé

L’objectif de Philippe Poulet suit les gendarmes secouriste du PGHM de Chamonix depuis 1988. Avec « Secours au pays du Mont-Blanc et en milieu vertical », il signe son troisième livre sur les anges gardiens du vide. « C’est une caméra subjective qui a suivi ces hommes  : 
elle rend hommage à des professionnels aux personnalités affirmées qui se savent en danger dès que se ferme la porte de l’hélico. On ne peut qu’être admiratif devant un tel engagement dénué de tout intérêt mercantile ».

À lire :

• PGHM Secours au Pays du Mont-Blanc, par Philippe Poulet et Marcel Pérès, editions Libris. (ci-contre)

• In Extremis, par Blaise Agresti, Editions Guérin.

• Au-delà des cimes, par Jean-Jacques Mollaret, éditions du Cerf (pour les chineurs, ce livre n’étant plus édité).

Texte : Floriane Macaire / Photo : Philippe Poulet

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